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Publication pour ‘janvier 2017’

#BobardsdOr2017 / Il fait bon vivre à Molenbeek : le Bobard "Tintin grand reporter"

#Bobards2017 / Il fait bon vivre à Molenbeek : le « Bobard Tintin grand reporter »

Candidats : Hugo Clément et Yann Barthès (Canal+)

35 morts, plusieurs centaines de blessés : le 22 mars 2016, la Belgique est frappée par deux explosions à l’aéroport de Bruxelles et à la station de métro Maelbeek.

L’attentat survient 2 jours après l’arrestation de Salah Abdeslam à Molenbeek. La ville belge devient rapidement un sujet d’attention pour les journalistes. Les médias vont tenter de décrire Molenbeek comme une ville tout à fait normale, « on y rencontre les mêmes problèmes que partout ailleurs : le chômage l’insécurité, etc. »

Dans ce jeu de désinformation, la palme revient au Petit Journal dirigé alors par Yann Barthès, le pape incontesté de la « branchitude » de Canal+.

Le jeudi 24 mars 2016, soit le surlendemain des attentats de Bruxelles, Yann Barthès décide de réagir aux déclarations de Donald Trump qui affirmait que « Bruxelles est un désastre. C’était superbe, maintenant c’est un camp armé, où les habitants vivent un enfer au quotidien ».

Pour Yann Barthès cette déclaration est une « connerie » et pour vérifier que c’est bien une « connerie » il va demander à Hugo Clément, le Tintin grand reporter du Petit Journal, de donner son avis. Hugo Clément est sur la place de la Bourse à Bruxelles, et de là où il est, il peut le dire : «… c’est du grand n’importe quoi ».

Hugo Clément aurait pu évoquer la période post-attentat du 13 novembre 2015 : les rues de Bruxelles étaient désertes, les médias réduits au silence passaient des photos et des vidéos de chat… Mais Hugo Clément ne l’a pas fait.

L’inénarrable Yann Barthès a relevé une autre « connerie » : pour Fox news « … dans la communauté musulmane, la police n’a aucun accès dans ce quartier (Molenbeek), et beaucoup d’entre eux (les habitants de Molenbeek) ne sont pas en contact avec la police ». L’information est commentée par Donald Trump qui conclut en déclarant « la police a peur d’aller dans ce quartier ».

« La police a peur d’aller dans ce quartier »

« La police a peur d’aller dans ce quartier »

Dans un premier temps, le Tintin grand reporter du Petit Journal Hugo Clément interroge plusieurs habitants. Un micro trottoir, le moyen le plus facile pour biaiser un reportage. Les déclarations sont rassurantes, Molenbeek est une ville comme les autres. Une jeune femme, voilée comme la plupart de celles que le reportage laisse apercevoir, explique même que la cohabitation entre communautés se déroule parfaitement bien : « Ici, on vit en communauté entre musulmans, non-musulmans, religieux, non-religieux. Il n’y a pas de souci par rapport à ça. ». Le lendemain des attentats c’est un peu fort de café !

Hugo Clément va ensuite montrer le commissariat de Molenbeek, : « Donald Trump est mal renseigné, la police est présente ». Sauf qu’en y regardant bien, la police est en état de siège : impossible de s’approcher à moins de 20 mètres du poste de police, présence de militaires sur place, homme lourdement armé montant la garde, mais rien susceptible de choquer le grand reporter du Petit Journal.

Alors, pour avoir affirmé que Molenbeek est une ville où il fait bon vivre, alors que c’est le quartier où les attentats du 13 novembre ont été préparés et où l’un des auteurs se cachait, où Mehdi Nemmouche, l’auteur de l’attentat du musée juif de Bruxelles, a séjourné, où les formateurs de Chérif Kouachi, instigateur des attentats contre Charlie Hebdo, étaient installés, le Petit Journal mérite bien son Bobard « Tintin grand reporter ».

#BobardsdOr2017 / "Mineurs isolés" de la Jungle de Calais, Bobard « mal voyant »

#Bobards2017 / « Mineurs isolés » de la Jungle de Calais, « Bobard mal voyant »

Candidat : France Info

Le 26 octobre, après deux ans d’existence, la jungle de Calais est finalement démantelée : le gouvernement ordonne la répartition des migrants sur l’ensemble du territoire.

L’Angleterre a accepté d’entrouvrir ses portes aux mineurs isolés ayant un parent sur son territoire.

La question des « mineurs isolés » fera donc l’objet d’un traitement médiatique particulier. Elle mérite aussi un Bobard particulier.

Alors que le nombre de migrants occupant la jungle reste un mystère, « 5 000, 7 000, peut-être plus », les médias et les ONG réussissent à dénombrer le nombre exact de mineurs : 1291.

Mais comment déterminer avec certitude l’âge d’une personne qui n’a plus de papiers d’identité. Par une simple déclaration du migrant. C’est là qu’est l’os !

The Sun : "Tell us the tooth..."

The Sun : « Tell us the tooth… »

Scandale pour la presse britannique : The Sun demande que soient faites des radios dentaires (Tell us the tooth), seul moyen de déterminer avec exactitude l’âge d’une personne.

Traquenard et bobard pour la presse française qui cherche à apitoyer les Français sur le sort des migrants.

France Info sélectionne dix photos marquantes du démantèlement de la jungle.

Les photos sont empreintes d’émotion. Adieu raison, bonjour pathos. On y découvre une vue aérienne de la jungle, ou un migrant transportant une valise sur sa tête, derrière l’inscription « j’aime la France ».

Une photo sera retenue comme vignette pour la promotion de l’article sur les différents réseaux sociaux : un gros plan sur un visage ravagé par les larmes. La légende précise : « ici les larmes d’un Éthiopien de 16 ans attendant d’être enregistré pour partir dans un centre d’accueil. »

Sauf que, sur cette photo, il est difficile de donner 16 ans à cet homme qui semble en avoir plutôt 35 ans. Les internautes réagissent en masse à cette publication. France Info se voit contraint de modifier sa publication.

Pour avoir voulu faire passer un homme de 35 ans pour un mineur isolé, France Info mérite bien son Bobard d’Or « mal voyant ».

#BobardsdOr2017 / Attentat de Nice, Bobard catégorie Poids lourd

#Bobards2017 / Attentat de Nice, « Bobard catégorie poids lourd »

Candidat : Alain Marshall (BFMTV)

15 juillet, les Français se réveillent avec la gueule de bois. La veille au soir, pendant le feu d’artifice, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a précipité un camion bélier sur la promenade des Anglais à Nice. C’est le 3ème attentat sur le territoire français en quelques mois.

« Pas d’amalgame » c’est le leitmotiv de tous les attentats, un véritable refrain répété béatement par les membres du gouvernement et des journalistes. Pour les médias, il y a une vérité à faire passer, « aucun lien entre islam et islamisme » … c’est la subtilité du suffixe.

Pour faire gober ce « pas d’amalgame », les médias ont la technique :

Insister sur les victimes d’origine arabe (Fatima, 1ère victime du tueur).

Défendre l’islam, religion de paix.

L’auteur de l’attentat de Nice mangeait du porc, buvait de l’alcool, prenait de la drogue et frappait sa femme, bref, il n’était pas un pratiquant parfait, l’islam est donc hors de cause.

Le 15 juillet, Alain Marschall est en duplex pour BFMTV sur la promenade des Anglais. A 10h11, il déclare « j’ai l’impression qu’on a plutôt affaire à un déséquilibré, ça c’est une certitude, façon Germanwings ou façon tuerie d’Orlando. Un type qui était ultra mal dans sa peau […] Je ne vois pas DAESH là dedans ».

Pourtant, le 15 juillet à 3 heures du matin, Le Figaro reconnaissait dans l’attentat de Nice les consignes de l’État islamique.

Manque de bol pour Alain Marshall, à 10h20 – c’est-à-dire 10 minutes après son duplex – David Thomos, journaliste pour RFI, publiait sur son twitter la revendication de l’attentat par l’État islamique.

Mais le bobard va plus loin….

Alain Marshall a déclaré pendant ce duplex que cet attentat lui faisait penser à « un déséquilibré façon tuerie d’Orlando ». Ça tombe bien, la fusillade d’Orlando était revendiquée par l’état islamique… Mais ça, même un mois après, Alain Marshall semble encore l’ignorer.

Pour avoir vu dans les attentats de Nice et d’Orlando, l’œuvre d’un déséquilibré et nié le lien évident avec Daech, Alain Marshall mérite bien son Bobard catégorie « poids lourd ».

L'AFP et La Manif pour tous en Italie : Bobard à la romana

#Bobards2017 / L’AFP et La Manif pour tous en Italie : un « Bobard sauce à la romana »

Candidat : AFP

En France, les médias s’étaient largement engagés contre la « Manif pour tous », l’AFP s’était particulièrement illustrée en 2014 en minorant (en le divisant par 4 ou 5 tout de même) le nombre de veilleurs. L’affaire avait permis à l’AFP de se classer parmi les meilleurs Bobards d’or de 2015.

De leur côté, le 30 janvier 2016, les Italiens manifestaient contre l’union civile proposée par leur gouvernement. Les organisateurs de la manifestation avaient donné rendez vous aux Italiens au « Circus Maximus », considéré comme le plus vaste hippodrome de Rome. Sa superficie est de 120.000 mètres carrés, une superficie 4 fois supérieure à l’Esplanade des Invalides.

Bataille des chiffres en Italie sur le nombre de manifestants

L’ANSA, la principale agence de presse italienne, publiera les chiffres communiqués par les organisateurs : 2 millions ; et par les « opposants » : 300.000.

En France, les médias ne feront pas état de cette bataille des chiffres. La raison ? Un bobard en deux temps signé AFP, un bobard repris par la majorité des médias francophones.

À 16h22 l’AFP tweetait « Italie : des milliers d’opposants aux unions civiles » c’est-à-dire entre 2.000 et moins de 20.000 manifestants.

La photo illustrant le tweet est un plan serré, impossible d’émettre un doute sur le nombre de manifestants communiqué par l’AFP. Le chiffre communiqué est très largement minoré. Plus grave, l’AFP ne donne pas le comptage des organisateurs (2 millions).

Le tweet sera doublé d’une vidéo AFP titrant toujours « Italie : des milliers d’opposants aux unions civiles »

La vidéo contient des plans larges, et notamment un « panoramique ». On peut y voir que les manifestants sont nombreux et clairement plus que quelques milliers.

Mais, cette fois-ci le bobard-calculette est un peu grossier, l’AFP va faire une marche arrière, enfin une espèce de créneau : à 22h30 l’AFP publiera un nouveau tweet, l’agence de presse comptera « des dizaines de milliers d’opposants » (c’est-à-dire de 10.000 à 90.000).

Les chiffres sont encore une fois minorés, mais apparaissent comme moins scandaleux. Problème… l’ensemble de la presse qui a déjà repris la 1ère dépêche de l’AFP, se voit contraint de faire en douce un correctif comme en témoignent les urls différentes des titres.

Pour avoir minoré le nombre d’opposants à l’union civile italienne sans communiquer les chiffres des organisateurs l’AFP mérite bien son Bobard « sauce romana ».

Le grand-père tirailleur sénégalais de Black M : un bobard par précipitation

#Bobards2017 / Le grand-père tirailleur sénégalais de Black M : un « Bobard par précipitation »

Candidat : Jacques Pezet – Libé désintox

En mai 2016, l’annonce, à l’occasion du centenaire de Verdun, de la tenue d’un concert du rappeur Alpha Diallo dit « Black M » enflamme les réseaux sociaux. La mobilisation de la réinfosphère puis de certains politiques entraînera de justesse l’annulation dudit concert.

En guise de riposte pour « faire barrière à ces propos haineux [sic] », le rappeur et ses conseillers en communication se fendent d’un communiqué larmoyant où la France n’est plus qualifiée de « pays de kouffars » comme l’un de ses précédents succès (« Désolé ») mais de « terre pour laquelle [son] grand-père Alpha Mamoudou Diallo, d’origine guinéenne, a combattu lors de la guerre 39-45 au sein des Tirailleurs Sénégalais – ces mêmes Tirailleurs Sénégalais qui étaient également présents lors de la Bataille de Verdun ». Le communiqué est accompagné d’une photographie montrant cinq soldats noirs.

En sortant opportunément de son chapeau – une casquette – un grand-père tirailleur sénégalais, après avoir plutôt plaidé l’envie de s’amuser, Black M tend à faire accroire que sa présence à des commémorations du glorieux sacrifice des soldats français, nos aïeux, n’était au fond ni incongrue ni indécente. Mais de l’opportunité à l’opportunisme, il n’y a qu’un pas et quelques lettres : d’aucuns trouvent bien curieux l’évocation soudaine de ce grand-père et sont réservés à l’idée de croire le rappeur sur parole(s).

Aussi, face aux sceptiques mettant en doute l’existence de cette ascendance militaire sur laquelle repose le plan com’ de Black M, Le Monde et Libé vont-ils mener un vrai travail d’enquête afin de prouver la véracité des dires du rappeur.

Un « historien amateur » – dont l’opinion compte peu pour les rois de la « désintox », selon lesquels « d’habitude quand on cherche un expert crédible, on essaie de trouver un universitaire spécialiste du sujet » –, consultant les registres établis en France, a montré que le nom d’Alpha Mamoudou Diallo n’y figurait pas. Qu’à cela ne tienne ! C’est en Afrique que les journalistes, qui quoique non universitaires ont à n’en pas douter, eux, une vraie crédibilité, mènent donc leurs recherches. Sur les bases d’une attestation de l’Association des enfants des tirailleurs sénégalais de Guinée, ils titrent ainsi :

« Oui, le soldat Diallo, grand-père de Black M, a bien combattu en 39-45 » pour Libération, article du 21 mai 2016.

« Le grand-père de Black M a bien combattu pour l’armée française » pour Le Monde, article du 23 mai 2016.

Cette affirmation martelée contre la supposée « fachosphère » semble sonner comme un camouflet.

Oui mais…

1) Tout d’abord, ladite Association des enfants des tirailleurs sénégalais en Guinée, qui au passage n’est pas non plus un « universitaire spécialiste du sujet », semble une source un peu douteuse, en ce qu’elle fut naguère pointée du doigt par l’Ambassade de France en Guinée pour ses nombreuses approximations (et notamment le chiffrage, exorbitant et improbable, de 161 millions de tirailleurs recrutés).

2) Ce Diallo-là aurait été radié des cadres en 1933 et n’aurait donc pas fait la guerre de 39-45.

3) Le 27 mai, en publiant la fiche militaire du fameux grand-père – obtenue non en Guinée mais à Caen –, les décodeurs du Monde avouent, en contradiction avec le titre fièrement énoncé quatre jours plus tôt : « cette fiche ne permet pas de prouver la filiation entre Alfa Diallo et le rappeur, ce qui serait quasi impossible faute de documents suffisants ». Sans compter que, sur ladite fiche, le tirailleur ne s’appelle pas Alfa Mamoudou Diallo mais Alfa Diallo (un nom on ne peut plus courant) : les articles du 24 mai et du 27 mai évoquent-ils seulement le même soldat ? Il est permis d’en douter.

4) Enfin, en janvier 2017, sur Twitter, Jacques Pezet et ses amis de la « désintox » avouent que leurs recherches ne sont toujours pas achevées et qu’ils attendent encore des « réponses des archives militaires de Pau » avec un risque que l’enquête finisse en 2019.

Au regard, notamment, de ces aveux d’impossibilité de prouver la filiation ou du caractère inachevé de l’enquête, l’affirmation, commune aux deux journaux, selon laquelle le grand-père de Black M était bel et bien tirailleur sénégalais apparaît a posteriori comme un bobard par précipitation. Qui sait, peut-être parviendra-t-on, un jour, à prouver la véracité du plan com’ du rappeur : il n’en demeure pas moins qu’en mai 2016, Le Monde et Libé se sont bien imprudemment avancés.

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