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Bobards d’Or : quand la réinformation dérange

Bobards d’Or : quand la réinformation dérange

Effusion, applaudissements enjôleurs, en ce 6 février 2017. Sous les élégantes loges du théâtre Marie Bell, le public a tranché : au terme d’une soirée à laquelle il a fait honneur, il a couronné l’équipe de Yann Barthès du Bobard d’Or de l’année !

Le choix fut cornélien et les concurrents des rivaux de taille. Mais décidément, la balade d’Hugo Clément dans Molenbeek, ce paradis du multiculturalisme où il fait bon vivre, aura ravi la victoire. Réagissant aux sombres propos d’un Donald Trump trop prompt à dénoncer en ce quartier belge une zone de non-droit dans laquelle les forces de l’ordre n’osent plus paraître, le journaliste de l’équipe de Yann Barthès (Le Petit Journal) aura omis de mentionner l’état de siège dans lequel se trouvait plongé Molenbeek au lendemain des attentats du 13 novembre… Si l’ex équipe de Canal + (aujourd’hui parti réalisé Quotidien chez n’est pas venue chercher sa récompense, Jacques Pezet (Désintox, Libération) a déploré au détour d’un Twitt, de ne pas pouvoir venir chercher une quelconque distinction à l’issue de la soirée. Le Bobard d’argent a quant à lui échu à Alain Marschall, qui avait, sur BFMTV, affublé le terroriste à l’origine du carnage de Nice d’une déséquilibre mental douteux et prétendu que l’attentat d’Orlando, pourtant revendiqué par l’Etat islamique n’était pas islamique…. Enfin, c’est Guillaume Auda, l’ancien journaliste d’i>Télé, parti raconter ses mensonges sur France 2, qui a remporté le Bobard de bronze, pour des tweets affabulateurs sur de pseudos soutiens de Donald Trump (des activistes noirs déguisés en membres du Klu-Klux-Klan…).

Les décodeurs à l’assaut de la cérémonie

Dans les loges, les journalistes de TV5, du Monde et de Marianne se font discrets : si Aurélien Colly (Radio France) semble avoir rapidement déserté les lieux, d’autres assistent vaillamment à la cérémonie. Sourire figé, certains attendent patiemment la fin de la soirée, pour interroger une assistance dont on salive à l’avance les « dérapages ». D’autres n’auront pas leur tempérance. À l’instar de Guillaume Meurice, « l’humoriste » de France Inter, plus pressé de déguster une bière au bar que de saisir les ressorts à l’origine de ce que sa bande de petits copains « décodent » toute la journée. L’homme est sans préjugés : les « réunions d’extrême-droite » de ce type, ça le connaît ! Alors à quoi bon tenter de saisir, de comprendre la raison pour laquelle, pour la huitième année consécutive, c’est une salle comble et de francs éclats de rire qui accueillent cette cérémonie. De saisir pourquoi, huit ans durant, les organisateurs des Bobards d’Or n’ont jamais reçu de plaintes à l’issue des dénonciations faites à l’encontre d’une sphère médiatique qui s’est érigée seule détentrice d’une pensée conformiste, au gré des accents supposés « humanistes » de ses chroniques. Le lendemain, Guillaume rate salement sa chronique ; plus fasciné par la binouze que par la critique qui lui est adressée, le chroniqueur aura eu quelques difficultés à retracer le déroulement de la cérémonie… Mais courageux, il mijotera des heures durant dehors, son manque d’intérêt pour la cérémonie lui ayant valu, après de nombreux aller-retours au bar, d’être remercié. Un courage salué, par la présentatrice de la matinale de France Inter : « Merci Guillaume, des risques que vous prenez ». A n’en pas douter, sélectionner trois anecdotes d’une soirée qu’on n’a daigné honorer de plus de quelques minutes de présence, ça c’est de la prise de la risque !

Qu’ils fussent grossier (comme Meurice) ou plus curieux, les journalistes des grandes plateformes subventionnées auront quoiqu’il en soit honoré la cérémonie de leur présence. Le Décodex, la Désintox, la chasse aux « fake news», c’est ‘’tendance’’ ! En créant ces armes contre la réinformation, la grande presse ne fait pourtant que conforter celle-ci dans la certitude que l’information dispensée par l’oligarchie, tantôt tronquée, tantôt censurée, en permanence orientée, a fait son temps.

Une presse obèse

Avec 2,3 milliards de subventions, les subsides octroyés à la presse représentent 30% du chiffre d’affaire de ce milieu… « Contre une moyenne européenne de 2% », souligne Benjamin Dormann. Au cours d’une démonstration solidement argumentée, l’auteur d’Ils ont acheté la presse (éditions Jean Picollec), a fait remarquer au public le véritable gouffre économique qu’incarne aujourd’hui la grande presse. « Aux mains de sept des onze plus gros milliardaires français, comment les grands titres des médias de l’oligarchie ne pourraient être influencés par leurs investisseurs et propriétaires ? », s’interroge encore l’ancien journaliste. Une problématique qui ne semble pas poser de cas de conscience au multimilliardaire Xaviel Niel, notamment actionnaire d’Atlantico, qui soulignait récemment « Quand les journalistes m’emmerdent, je prends une participation dans leur canard, et ensuite ils me foutent la paix ».

Conclusion

« Cette cérémonie vient à nouveau de le démontrer : la presse écrite subventionnée et les radios et télévisions autorisées à émettre ne sont pas des médias d’information mais des médias de propagande », conclura justement Jean-Yves le Gallou au terme de la soirée. Pour autant, face à cet état de fait, il n’est pas de désespoir permis. Car cette année, les victoires de la réinformation ont été nombreuses ; de la discréditation d’« Ali » Juppé à l’annulation du concert de Black M à Verdun, les dynamiques impulsées par les réseaux sociaux sont la preuve que le pays réel a trouvé ce canal d’expression qui lui permettra demain, de faire triompher l’information factuelle sur la soupe idéologique servie dans les mangeoires quotidiennes de la presse subventionnée. « Rira bien qui rira le dernier »…

Retrouvez les vidéos diffusées pendant la cérémonie des Bobards d’Or. Retrouvez toutes les informations des éditions des Bobards d’Or sur le site officiel de la cérémonie ! Suivez les Bobards d’Or sur Facebook et Twitter (@bobardsdor) !

Le grand-père tirailleur sénégalais de Black M : un bobard par précipitation

#Bobards2017 / Le grand-père tirailleur sénégalais de Black M : un « Bobard par précipitation »

Candidat : Jacques Pezet – Libé désintox

En mai 2016, l’annonce, à l’occasion du centenaire de Verdun, de la tenue d’un concert du rappeur Alpha Diallo dit « Black M » enflamme les réseaux sociaux. La mobilisation de la réinfosphère puis de certains politiques entraînera de justesse l’annulation dudit concert.

En guise de riposte pour « faire barrière à ces propos haineux [sic] », le rappeur et ses conseillers en communication se fendent d’un communiqué larmoyant où la France n’est plus qualifiée de « pays de kouffars » comme l’un de ses précédents succès (« Désolé ») mais de « terre pour laquelle [son] grand-père Alpha Mamoudou Diallo, d’origine guinéenne, a combattu lors de la guerre 39-45 au sein des Tirailleurs Sénégalais – ces mêmes Tirailleurs Sénégalais qui étaient également présents lors de la Bataille de Verdun ». Le communiqué est accompagné d’une photographie montrant cinq soldats noirs.

En sortant opportunément de son chapeau – une casquette – un grand-père tirailleur sénégalais, après avoir plutôt plaidé l’envie de s’amuser, Black M tend à faire accroire que sa présence à des commémorations du glorieux sacrifice des soldats français, nos aïeux, n’était au fond ni incongrue ni indécente. Mais de l’opportunité à l’opportunisme, il n’y a qu’un pas et quelques lettres : d’aucuns trouvent bien curieux l’évocation soudaine de ce grand-père et sont réservés à l’idée de croire le rappeur sur parole(s).

Aussi, face aux sceptiques mettant en doute l’existence de cette ascendance militaire sur laquelle repose le plan com’ de Black M, Le Monde et Libé vont-ils mener un vrai travail d’enquête afin de prouver la véracité des dires du rappeur.

Un « historien amateur » – dont l’opinion compte peu pour les rois de la « désintox », selon lesquels « d’habitude quand on cherche un expert crédible, on essaie de trouver un universitaire spécialiste du sujet » –, consultant les registres établis en France, a montré que le nom d’Alpha Mamoudou Diallo n’y figurait pas. Qu’à cela ne tienne ! C’est en Afrique que les journalistes, qui quoique non universitaires ont à n’en pas douter, eux, une vraie crédibilité, mènent donc leurs recherches. Sur les bases d’une attestation de l’Association des enfants des tirailleurs sénégalais de Guinée, ils titrent ainsi :

« Oui, le soldat Diallo, grand-père de Black M, a bien combattu en 39-45 » pour Libération, article du 21 mai 2016.

« Le grand-père de Black M a bien combattu pour l’armée française » pour Le Monde, article du 23 mai 2016.

Cette affirmation martelée contre la supposée « fachosphère » semble sonner comme un camouflet.

Oui mais…

1) Tout d’abord, ladite Association des enfants des tirailleurs sénégalais en Guinée, qui au passage n’est pas non plus un « universitaire spécialiste du sujet », semble une source un peu douteuse, en ce qu’elle fut naguère pointée du doigt par l’Ambassade de France en Guinée pour ses nombreuses approximations (et notamment le chiffrage, exorbitant et improbable, de 161 millions de tirailleurs recrutés).

2) Ce Diallo-là aurait été radié des cadres en 1933 et n’aurait donc pas fait la guerre de 39-45.

3) Le 27 mai, en publiant la fiche militaire du fameux grand-père – obtenue non en Guinée mais à Caen –, les décodeurs du Monde avouent, en contradiction avec le titre fièrement énoncé quatre jours plus tôt : « cette fiche ne permet pas de prouver la filiation entre Alfa Diallo et le rappeur, ce qui serait quasi impossible faute de documents suffisants ». Sans compter que, sur ladite fiche, le tirailleur ne s’appelle pas Alfa Mamoudou Diallo mais Alfa Diallo (un nom on ne peut plus courant) : les articles du 24 mai et du 27 mai évoquent-ils seulement le même soldat ? Il est permis d’en douter.

4) Enfin, en janvier 2017, sur Twitter, Jacques Pezet et ses amis de la « désintox » avouent que leurs recherches ne sont toujours pas achevées et qu’ils attendent encore des « réponses des archives militaires de Pau » avec un risque que l’enquête finisse en 2019.

Au regard, notamment, de ces aveux d’impossibilité de prouver la filiation ou du caractère inachevé de l’enquête, l’affirmation, commune aux deux journaux, selon laquelle le grand-père de Black M était bel et bien tirailleur sénégalais apparaît a posteriori comme un bobard par précipitation. Qui sait, peut-être parviendra-t-on, un jour, à prouver la véracité du plan com’ du rappeur : il n’en demeure pas moins qu’en mai 2016, Le Monde et Libé se sont bien imprudemment avancés.

Bobard calculette : manip sur la manif

Bobard calculette : manip sur la manif

Quand Le Monde décide de ne pas suivre une dépêche AFP, c’est que la cause est grave ! Et le jeudi 24 septembre 2015, c’était bel et bien le cas… Le SIEL (acronyme signifiant Souveraineté, Identité Et Libertés, parti politique membre du Rassemblement Bleu Marine) avait appelé à manifester contre la déferlante migratoire, et réunissait un petit millier de personnes derrière ses bannières.

Candidat : Le Monde

L’AFP, dans son compte rendu, nous informait que la préfecture de police avait estimé les manifestants à « quelque 500 personnes ».

Le chiffre était déjà réduit de moitié, mais ma foi, c’est le jeu, ma pauvre Lucette, on sait bien que les méthodes de comptage de ces gens du boulevard du Palais sont un peu archaïques. Nicolas Sarkozy lui-même avait jugé en 2006 qu’elles étaient « complètement dépassées, datant des années 1960 ».

Le Monde, quant à lui, préfère déclarer qu’étaient présents « environ 200 militants ».

Peut-être l’auteur de cette brève est-il encore plus radical que les policiers chargés d’estimer la quantité de manifestants, qui accordent un mètre carré à chaque personne (contre une personne et demie pour les syndicats), considèrent que les trottoirs sont réservés aux services d’ordre et ne comptabilisent donc pas quiconque s’y trouverait… Ou peut-être pense-t-il que les chiffres sont manipulables à l’envi, à partir du moment où ils peuvent servir à étayer une idéologie qu’il juge meilleure ou à discréditer un discours qui lui paraît nauséabond.

En effet, Le Monde a clairement des positions qui ne sont pas en adéquation avec celles du SIEL : Le Monde est pour les droits des migrants ; Le Monde est contre ceux qui privent les réfugiés de « rares loisirs » ; Le Monde est pour la valorisation de l’art dans la « jungle » de Calais (voir aussi).

Ce qui rend cette affaire de manifestation encore plus pitoyable, c’est qu’une bonne partie des médias qui ont relayé cette information ont su être moins malhonnêtes. Pour l’exemple, sur son blogue Médiapart « En Avant », le journaliste Julien Sartre parle d’une « petite foule d’environ trois ou quatre cents personnes ». Buzzfeed évoque « six cents manifestants présents ». Et Le Parisien, « 1 000 personnes ».

Ainsi, pour avoir interprété délibérément les chiffres de manière aussi éhontée, Le Monde mérite amplement de recevoir le Bobard d’Or 2016 !

Bobard géographique : l'AFP perd la boussole

Bobard géographique : l’AFP perd la boussole

L’AFP, mauvais élève du fond de la classe. Dans la nuit du 18 au 19 avril 2015, plusieurs centaines de clandestins ont trouvé la mort « dans le canal de Sicile », qui se trouve entre la Sicile et la Tunisie. Pourtant, la carte de l’AFP montre le « lieu approximatif du naufrage » dans les eaux territoriales libyennes, au nord de Tripoli, la capitale, à plus de 500 km du canal de Sicile…

Candidat : Agence France Presse (AFP)

Dans la nuit du 18 au 19 avril 2015, un chalutier a fait naufrage dans le golfe de Gabès à une centaine de kilomètres des côtes libyennes et des côtes tunisiennes, ce qui a provoqué la mort de plusieurs centaines d’immigrés clandestins.

Tous les médias ont rapporté l’information en déplaçant le lieu du naufrage :

Pour Le Monde : « Le décompte macabre se poursuit dans le canal de Sicile. »

Pour Le Parisien, c’est aussi « dans le canal de Sicile » que le naufrage a eu lieu.

Les Échos parlent aussi de naufrage dans le canal de Sicile et précisent « au large de Lampedusa ».

Le Figaro est encore plus précis : c’est « au cœur du canal de Sicile » que le naufrage a eu lieu.

Tout ceci est géographiquement faux :

  • plus de 250 km séparent le lieu du naufrage de Lampedusa,
  • plus de 500 km du canal de Sicile

Mais le bobard géographique présente un intérêt politique et idéologique : culpabiliser les Européens.

Car si le titre avait été « Naufrage au large des côtes libyennes », l’impact aurait sans doute été tout autre, d’autant que les médias se sont empressés, dans le même temps, de crier à « l’Europe démunie » « sommée d’agir » ou encore « au pied du mur »…

Articles

Sondage Odoxa du 24 avril 2015 : « L’immigration clandestine » (à télécharger)

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