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Bobard christianophobe : l'AFP sert la soupe à l'État islamique

Bobard géographique : l'AFP perd la boussole

Bobard christianophobe : l’AFP sert la soupe à l’État islamique

Un échange de bons procédés entre l’AFP et l’Observatoire syrien des droits de l’homme qui se citent l’un l’autre. Cela leur permet de diffuser l’image d’un prétendu « chrétien » sur le point de décapiter un « djihadiste », alors qu’il s’agit d’un djihadiste s’apprêtant à assassiner un soldat syrien.

Candidat : Agence France Presse (AFP)

La guerre en Syrie fait depuis cinq ans l’objet d’un véritable « bobardement » médiatique. Ce conflit était présenté jusqu’à récemment dans les médias avec un manque total d’objectivité : d’un côté, les gentils rebelles modérés et, de l’autre, mis dans le même sac de l’ignominie, les djihadistes de l’État Islamique et les soldats de Bachar al-Assad. Les journalistes ont répercuté sans ciller les partis pris des présidents de la République, de Nicolas Sarkozy comme de François Hollande, et ceux de l’ancien ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius. Ils ont donc multiplié les bobards avec, en point d’orgue, un bobard faisant la promotion – si l’on peut dire – de rebelles syriens démocrates et laïcs, alors que, depuis le début du conflit, ce sont les djihadistes qui tiennent le haut du pavé. Alors, sans se déplacer et en restant au chaud au sein de leurs rédactions, les journalistes de la grosse presse se sont contentés de relayer des informations données par l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Sans les vérifier le moins du monde.

Par exemple, si l’on s’en tient aux articles des médias francophones répertoriés par Google Actualités, l’Observatoire syrien des droits de l’homme a été cité des milliers de fois !

Bien souvent à l’origine des sujets évoqués par les médias, l’Observatoire syrien des droits de l’homme est cité dans plus de 250 articles de la presse nationale. Acteur incontournable de ce conflit, cet observatoire, utilisé pendant longtemps par les journalistes comme la seule source viable, est tout sauf une agence de presse indépendante et impartiale. Voici la présentation qu’en fait le site christianophobie.fr, à l’origine de la découverte de ce bobard : L’Observatoire syrien des droits de l’homme (en version originale : Syrian Observatory on Human Rights, SOHR) a été créé au Royaume-Uni en mai 2006 par Osama Sulaiman, réfugié syrien musulman de confession sunnite. Militant anti-Assad, il fut condamné à trois reprises à des peines de prison dans son pays, et se réfugia à Coventry en 2000 pour échapper à une quatrième condamnation. Pour ses activités militantes en Syrie, il prit le pseudonyme de Rami Abdel Rahman (ou Abdulrahman), nom qu’il a conservé et sous lequel il est désormais bien connu. Il a installé son SOHR dans deux chambres de bonne où il passe l’essentiel de son temps à téléphoner à ses correspondants en Syrie – il prétend en avoir 200 – pour rédiger de fréquents communiqués de presse. Ceux-ci, de peu d’influence avant le déclenchement du conflit en Syrie, sont depuis repris par toutes les agences de presse et médias internationaux. La fiabilité des informations du SOHR a été souvent prise en défaut. Néanmoins, comme il est violemment opposé au régime en place à Damas, ses commentaires sont repris religieusement même si l’on sait qu’il a des sympathies pour les islamistes extrémistes.

Ainsi, le 29 mai 2015, l’Observatoire syrien des droits de l’homme a publié sur son site un article intitulé : « Un chrétien décapite un djihadiste en Syrie, tué pour venger les atrocités de l’État Islamique ».

L’article a été repris notamment par l’Agence France Presse et Metronews (voir ci-dessous capture d’écran google news).

À deux reprises, l’article de l’Observatoire syrien des droits de l’homme utilise l’expression « selon l’Agence France Presse », laissant ainsi entendre que l’AFP est la source première de l’information et que le président de l’Observatoire Rami Abdel Rahman l’aurait confirmée à partir de ses propres sources. Il n’en est évidemment rien. La dépêche du 29 mai qui émane du bureau de l’AFP de Beyrouth ne fait que reprendre les dires – et eux seuls – d’un « observateur » (monitor en anglais) qui n’est autre que Rami Abdel Rahman. La boucle est bouclée.

AFP : Christian beheads jihadist in Syria revenge killing: monitor Version française : voir PDF

L’AFP va diffuser cette information sans la recouper ni la vérifier, accréditant la thèse d’une décapitation commise par un chrétien, renvoyant ainsi dos à dos les djihadistes et les forces qui s’opposent à eux. Depuis, l’article en question a été supprimé par l’l’Observatoire syrien des droits de l’homme et Métronews, sans aucune explication ni démenti.

En tout cas, ce bobard présentant une photo où un membre de l’État Islamique se ferait décapiter par un chrétien en Syrie est à replacer dans un contexte plus global : il accrédite la tentative de certains médias de mettre sur le même plan islam et christianisme. Le maître d’œuvre de cet enfumage est le journaliste Paul Moreira. Dans son documentaire « Danse avec le FN » diffusé sur Canal+ le 20 avril 2015, il explique qu’il y a « 13 appels au meurtre dans la Bible, 6 dans le Coran » et que Jésus « par deux fois, appelle à couper la gorge de ceux qui croient pas en lui ».

En avril, Paul Moreira explique sans aucun fondement théologique que Jésus demande de décapiter les mécréants. Il n’y a donc rien d’étonnant, qu’un mois plus tard, en mai, l’AFP relaie une information bidon où un chrétien est censé décapiter un djihadiste.

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