Bobard Représentatif

Bobard Représentatif

18 janvier 2022 | Bobard d'Or 2022

Auteur : Del­phine Ernotte
Date : 12 jan­vier 2022

Décla­ra­tion lunaire de Del­phine Ernotte, pré­si­dente de France Télé­vi­sions, qui était inter­ro­gée par Léa Sala­mé le 12 jan­vier dernier.

Del­phine Ernotte : « Je rap­pelle le plu­ra­lisme qui est le vôtre, ici dans la Mati­nale [de France Inter], qui est le nôtre au sein de France Télé­vi­sions. […] Je veille à ce que toutes les opi­nions soient repré­sen­tées sur le ser­vice public. »

Léa Sala­mé : « Il n’y a pas un ser­vice public idéo­lo­gi­sé, trop à gauche, comme on l’a lu par exemple à la Une du Figa­ro Magazine ? »

Del­phine Ernotte : « Ceci n’a pas de sens, toutes les opi­nions sont repré­sen­tées. […] Le ser­vice public est la marque du pluralisme. »

Un bobard savoureux !

1. Des invités sont interdits

Marine Le Pen a été très long­temps inter­dite d’antenne chez deux poids lourds de France Télé­vi­sions : Michel Dru­cker et Laurent Ruquier.

Plus récem­ment, Gilles Bor­stein a confir­mé en direct que les boy­cotts exis­taient encore sur France Télé­vi­sions. « Éric Zem­mour n’a pas le droit de venir ici » a‑t-il ain­si affir­mé le 7 octobre 2021.

Si la direc­tion a bien évi­dem­ment nié qu’une telle inter­dic­tion était en place, il est évident que Gilles Bor­stein a au mini­mum mon­tré quel était l’état d’esprit quant à l’idée d’inviter Éric Zemmour.

Sur un plan moins poli­tique – encore que… – Rémi Gaillard, humo­riste bien connu et tru­blion poli­tique de plus en plus régu­lier, a accu­sé France Télé­vi­sions d’un boy­cott de sa per­sonne dou­blé d’une omer­ta quant à son exis­tence. Son nom serait ain­si inter­dit de cita­tion à l’antenne !

2. Les calculs sont pas bons Delphine !

Récem­ment, pour atta­quer CNews, Libé a publié un gra­phique réca­pi­tu­lant la colo­ra­tion poli­tique des invi­tés de plu­sieurs médias.

Les calculs sont pas bons Delphine !

Lorsqu’on se foca­lise sur France 2 et les sta­tions France Info et France Inter et qu’on com­pare les invi­ta­tions aux scores des der­nières pré­si­den­tielles, on voit une sous-repré­sen­ta­tion très claire des invi­tés de droite dans le ser­vice public.

Les calculs sont pas bons Delphine !

3. Invités et journalistes

La colo­ra­tion poli­tique des invi­tés n’est qu’une don­née du pro­blème. Le plus impor­tant, c’est la colo­ra­tion poli­tique des rédactions !

Et là, si aucune don­née offi­cielle n’existe, nul besoin de gra­phiques com­pli­qués pour com­prendre que les jour­na­listes ouver­te­ment de droite ne doivent pas être par­ti­cu­liè­re­ment nom­breux dans les rédac­tions de France Télé­vi­sions !

Un exemple concret : l’arrivée sur France Inter de quelques chro­ni­queurs vus comme « pro­blé­ma­tiques ». C’est notam­ment l’annonce de l’arrivée de Nata­cha Polo­ny, de Marianne mais vue comme trop à droite par beau­coup de mili­tants de gauche, et d’Alexandre Devec­chio, du Figa­ro, qui a pro­vo­qué une réac­tion ten­due en interne.

Si la ques­tion du vote des jour­na­listes est un secret, comme le note l’OJIM, Marianne publiait, en avril 2001 (n°209, semaine du 23 au 29 avril) l’un des dos­siers les plus exhaus­tifs jamais consa­crés au vote des jour­na­listes. Que disait-il ? Rien qu’on ne sache déjà : « Les jour­na­listes sont, à une écra­sante majo­ri­té de gauche ». Inti­tu­lé « Le clan des clones », il était assor­ti d’un son­dage de l’Institut SCP réa­li­sé par télé­phone le 23 février et le 5 mars 2001 auprès de 130 jour­na­listes repré­sen­ta­tifs. A la ques­tion de savoir pour qui ils vote­raient à la pré­si­den­tielle de 2002, les jour­na­listes répon­daient Lio­nel Jos­pin à 32%, Noël Mamère à 13%, Jean-Pierre Che­vè­ne­ment à 8%, Arlette Laguiller à 5%, Robert Hue à 5%, Jacques Chi­rac à 4%, Alain Made­lin à 1% et Fran­çois Bay­rou à 1%, Jean-Marie Le Pen ne recueillant aucune inten­tion de vote. Soit 63% pour la gauche et 6% pour le centre et la droite.

Pour la pré­si­den­tielle de 2012, deux son­dages internes effec­tués dans des écoles de jour­na­lisme – le Centre de for­ma­tion des jour­na­listes (CFJ) et l’École supé­rieure de jour­na­lisme (ESJ) – donnent à la gauche des scores encore plus larges. À l’ESJ, 87% des étu­diants disent voter pour la gauche et l’extrême gauche ; au CFJ, la fameuse fabrique des « petits sol­dats du jour­na­lisme », dont sortent les prin­ci­paux patrons des grandes rédac­tions, c’est car­ré­ment 100 % !

Bref, il est évident que les jour­na­listes sont majo­ri­tai­re­ment de gauche ou, en tout cas, qu’il est bien plus com­pli­qué d’être ouver­te­ment de droite que de gauche dans de très nom­breuses rédactions.

Et là rési­de­rait le véri­table plu­ra­lisme : faire en sorte que les rédac­tions de France Télé­vi­sions soit véri­ta­ble­ment repré­sen­ta­tives de la France. Une révo­lu­tion que l’on peut attendre longtemps…