Lemairinades

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21 janvier 2024 | Bobards d'Or 2024

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Les Darmarinades font école ! La méthode a été amplement reprise cette année par les membres du gouvernement, à commencer par le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Dans les médias français comme à l’étranger, le ministre se targue des bienfaits que son passage à Bercy a apporté à l’économie du pays. Face à la perplexité de Sonia Mabrouk au vu de la différence entre les bons chiffres qu’il met en avant et le ressenti des Français, il assure « nous avons fait un travail formidable pour redresser notre économie depuis près de sept ans ». La journaliste elle-même lui rétorque « vous dites formidable malgré tout ce qu’on vient de passer en revue ? ».

De sur­croit, sur Twit­ter, le ministre de l’Économie se dit épui­sé du « pes­si­misme » et du « déni­gre­ment natio­nal » des Français.

Il en appelle à la fier­té col­lec­tive et se félicite :

« Depuis 2017, la France a repris son des­tin en main et est rede­ve­nue la nation des possibles ».

Peut-être confond-il lui aus­si, comme Dar­ma­nin, les baisses et les hausses ? La dette publique est en effet pas­sée, depuis 2017, de 2218 à 2950 mil­liards d’euros. Pour­tant, devant le Sénat, en novembre, Bru­no Le Maire a affir­mé défendre « depuis des mois » l’irresponsabilité que repré­sen­te­rait une aug­men­ta­tion conti­nue de la dette :

« On ne peut pas rajou­ter de la dépense à la dépense, ce serait sui­ci­daire pour l’économie fran­çaise, ce serait sui­ci­daire pour la nation fran­çaise. Je veux une nation forte et une nation forte a des comptes publics bien tenus ». (source : videos.senat.fr)

La bonne tenue des comptes publics est effec­ti­ve­ment une carac­té­ris­tique majeure de l’action menée par Bru­no Le Maire : le défi­cit public est pas­sé de 60 à 125 mil­liards d’euros. Quant à la nation des pos­sibles, certes, quelque chose d’inédit s’est pro­duit en 2022 : la France a per­du sa sou­ve­rai­ne­té éner­gé­tique et est deve­nue impor­ta­trice nette d’énergie, ce qui n’était plus arri­vé depuis 40 ans. Dans ce même fil Twit­ter, datant d’août der­nier, il affirme que la crois­sance de la France entre 2017 et 2022 est supé­rieure à celle de nos voi­sins euro­péens, dont l’Allemagne. Mau­vaise pioche, la crois­sance de la France a atteint 6,92% pour la période contre 10,3% pour l’Allemagne (Banque mon­diale).

Les bobards de Bru­no Le Maire s’immiscent dans ses valises pour les Etats-Unis. Il y a notam­ment van­té l’attractivité de la France, qui serait « la nation la plus attrac­tive pour les inves­tis­se­ments étran­gers en Europe » (Le Figa­ro). Or, le baro­mètre uti­li­sé pour avan­cer de tels chiffres, celui d’Ernst & Young, est biai­sé. Il recense le nombre de pro­jets d’investissements étran­gers sans prendre en compte l’indice démo­gra­phique, qui ferait des­cendre la France à la cin­quième place, der­rière l’Irlande, le Por­tu­gal, la Bel­gique et la Fin­lande. En mon­tant total des inves­tis­se­ments, la France se classe même 7ème (Poli­tis).

Men­songe ou déni, tou­jours est-il que le ministre de l’Economie per­sé­vère dans ses louanges chi­mé­riques. Rap­pe­lons d’autres indi­ca­teurs élo­quents quant à la tra­jec­toire qu’il a don­née à l’économie fran­çaise. Le défi­cit du com­merce exté­rieur s’élève à 143 mil­liards d’euros en 2022 contre 37 mil­liards en 2017 par exemple. La pro­duc­tion indus­trielle, en volume, a dégrin­go­lé de 4,45 % par rap­port à 2017, alors qu’elle avait au contraire aug­men­té de 1,2 % entre 2012 et 2017. Nous pour­rions éga­le­ment rele­ver les défaillances d’entreprises qui sont au plus haut depuis la crise de 2008, pas de quoi dire à qui veut bien l’entendre que la dette est le prix à payer d’une reprise éco­no­mique admi­rable post-Covid…